Expositions

Double Je – Palais de Tokyo

Bonjour à tous!

Combien de temps depuis que je n’ai pas publié? Une éternité!… Entre la création de Pop’Licorne (notre projet commun avec Sandrine, du blog Tranchederegalade, d’ouverture d’une boutique de créateurs avec un coin café), les différents événements parisiens, festivals, anniversaires, mariages et bien sûr quelques (beaucoup!…) terrasses au soleil avec l’arrivée des beaux jours, le blog a souffert d’un certain abandon…

Profitons donc de cette petite mise au vert à la campagne pour renouer avec l’écriture à l’ombre d’un grand arbre.

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Commençons nos découvertes par une exposition que j’ai bien appréciée courant mai au Palais de Tokyo, « Double Je » (nul besoin de vous dire qu’elle est terminée mais il est toujours intéressant de revenir sur quelques points particuliers, ne serait-ce que pour notre  culture personnelle).

Pour commencer, quel est le concept de « Double Je » ?

Voici une exposition qui sort un peu des sentiers battus et dont la présentation m’a particulièrement plu.

Ici, vous n’allez pas déambuler dans une suite de salles présentant des œuvres organisées de manière chronologique ou thématique, mais être littéralement plongé au cœur d’un polar ! L’exposition présente la scène de crime au beau milieu des ateliers et lieux de vie de deux artistes et artisans d’art.

Dans ce décor, c’est vous qui menez l’enquête à l’aide d’un livret où chaque objet présenté est une oeuvre d’art, d’artisanat ou de design, que vous devez observer et qui constituera un indice amenant à reconstituer le scénario du crime et à tenter d’en résoudre l’énigme.

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Parlons un peu du scénario  

« Jai commis un meurtre »  C’est la main droite encore couverte de sang séché que l’artisan d’art Ganel Todanais se livre à la police. Il est 8h47 et ses mains tremblent lorsqu’il confie à la jeune lieutenant une dague en acier damassé dont le manche reproduit les vertèbres d’un serpent. L’extrémité de la lame porte les traces des blessures de son rival, le célébre Natan de Galois, dont certaines oeuvres paraissent inspirées par les siennes. Une patrouille est dépêchée au domicile de la victime. Le corps est introuvable.

Voici les premières lignes du rapport d’enquête qui vous est confié à l’entrée de l’exposition.

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Le décor est planté: un crime, une rivalité entre deux artistes partageant les mêmes ateliers, un coupable tout désigné et pourtant aucune victime retrouvée…  Vous voici lancé pour une partie de Cluedo grandeur nature afin de découvrir le fin mot de l’histoire…

« Double Je, en quête de corps », une nouvelle de Franck Thilliez

Avant de nous lancer dans notre partie de Cluedo, penchons nous un peu sur cette nouvelle et son auteur.

Pour ma part, je ne connaissais pas Franck Thilliez avant cette exposition. Ancien spécialiste en informatique, c’est un passionné de polar. Il commence à publier en 2002 et c’est grace à son roman « La chambre des morts » adapté au cinéma en 2007 qu’il se fait vraiment connaitre. D’après la critique, car je l’avoue je n’ai pas encore lu un de ses bouquins, ses thrillers proposent des intrigues complexes et abouties, mêlant psychiatrie, neuroscience et cinéma,… tout un programme…

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Et c’est vrai que cet univers transparait dans l’exposition et dans la nouvelle.

Rappelons d’ailleurs que « Double Je » n’a pas été adaptée en exposition mais qu’elle a été imaginée spécialement pour ce projet dont le but est de proposer une exploration originale du dialogue entre art et artisanat d’art à partir du thème populaire de polar. Une manière ludique de vous faire découvrir ces différents métiers et leur complexité.

C’est enfin l’occasion de vous questionner aussi sur le rapport entre l’artiste et son oeuvre, sur la légitimité de chacun. Où commence la copie? Qu’est-ce qui différencie l’art de l’artisanat ou du design? Est-ce que la technologie de pointe est compatible avec le concept de l’art? Autant de questions qui m’ont titillées au cour de cette exploration proposée Thilliez et présentée par Loisy (le commissaire de l’exposition)…

A vous de jouer un double jeu en prenant tour à tour la position du criminel et de la victime en traversant leurs différents univers pour essayer de répondre à vos propres interrogations sur ces thèmes tout en tenter de résoudre l’enquête.

Passons à l’expo !

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L’exposition a été réalisée comme un décor de cinéma en 6 tableaux imaginés par la scénographe  Pascale Consigny .

15 artisans d’art et 8 artistes ont planché sur la scénographie qui vous donne envie au gré de vos périgrinations de vous attarder sur chaque objet. Vous serez particulièrement étonnés par le savoir-faire et la créativité qui se cache derrière ces pièces uniques issus de métiers variés. (céramique, coutellerie, broderie, plumasserie, reliure d’art, sculpture et gravure sur bois, dentelle, design textile et numérique, ferronerie, aérographie, marqueterie, taille de pierre, edition d’art,...).

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Dès le départ, on vous met dans l’ambiance, la bande jaune de la scène de crime, une vidéo vous présente le cas, prenez votre dossier d’enquête, il va falloir être minutieux et regarder chaque objet en détails.

Lieu de vie

Dans le lieu de vie, vous pénétrez dans une sorte de grand loft d’artiste.

D’un côté une grande table esprit indus et un pan de mur réalisé par l’artiste Mayat Rochat que je ne connaissait pas mais dont j’aime beaucoup le travail. Son univers est composé de paillettes et d’objets divers qui brillent, de magazines découpés, d’illustrations, de personnages étranges… Elle s’inspire de son environnement immédiat et détourne, déchire, lacère, dissèque, peint, dessine, avant de réassembler les motifs pour créer des compositions chargées symboliquement et radicalement associatives. Une belle découverte pour moi

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Le reste de l’espace de vie se compose notamment d’un lit rond, aux draps ensanglantés, encadrés de sculptures en oeufs d’autruche. La broderie sur le drap réalisée par Eudes Menichetti et H. Lequippe représente une imagine qui reviendra de manière récurrente au gré de l’exposition. Ce personnage à la limite de l’écorché m’a assez intriguée. Je suis donc partie glaner quelques informations complémentaires sur Eudes Menichetti. Cet artiste est assez complexe et ses questionnements sont tout à fait en phase avec ce « Double Je ».

J’ai bien aimé cette citation de Christian Laune à son propos: « En réponse à la question « Qui suis-je ? » Eudes Menichetti , expose, dissèque et sonde Ie corps humain (son corps) pour mieux explorer Ie monde cérébral avec la volonté de s’expliquer (Ie monde), I’existence et Ie potentiel humain. »

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Autre élément que j’ai aimé, la dague criminelle. La sculpture du manche est particulièrement fascinante! Le manche est un moulage en argent de vertèbres de serpent et la lame est en acier damassé. Il s’agit d’une oeuvre réalisée par Jean Noel Buatois

Enfin, avant d’entrer dans l’atelier de Nathan, vous passez par un espace dédié principalement au design textil et à la « mode ».

Vous apprécierez notamment les vêtements suspendus proposés par Ka Wa Key Chow réalisés avec les dentelles de Sophie Halette. Egalement certaines pièces du plumassier Maxime Leroy qui signe le masque qui fait l’affiche de l’expo. C’est assez étonnant ce qu’on peut faire en détournant une technique au service de la création artistique. Encore une fois, où se trouve la limite entre l’art et l’artisanat?

Atelier de Nathan

Place à la présentation des métiers à l’état brut, vous pouvez voir dans cet espace tous les éléments nécessaires à la réalisations des objets que vous découvrez. Par là, l’espace aérographie, ensuite la reliure, puis la plumasserie, la marqueterie, c’est assez étonnant de voir tous ces micro ateliers vous présentant les différentes étapes de réalisation qui vous mènent à l’oeuvre finale.

J’ai adoré le coin design numérique, très ludique et assez époustouflant… In flexions vous propose de modéliser un vase grâce au son de votre voix! Bluffant!

Passons au garage!

Alors là, dès l’entrée on est scotché par les véhicules présentés! Le coin est un peu sombre c’est dommage mais wahou la moto dont le carénage a été recouvert de plume par Maxime Leroy!  Whaou le travail d’aérographie sur la voiture, collaboration entre Mayat Rochat et Erwan Robert!… wahou le casque customisé par Tzuri Gueta!… Le travail réalisé sur chacune de ces pièces est remarquable par sa précision et le soucis du détails. Ici, on mélange art, design et artisanat pour vous offrir un rendu aux portes du fantastique.

Je vous laisse apprécier:

 

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Labyrinthe

Avant de découvrir l’atelier de Ganel, vous devez passer par un labyrinthe imaginé par Mathias Kiss.

Le Golden Snake est une installation immersive où les corniches dorées à la feuille d’or glissent sur le sol, grimpent sur les murs, longent les plafonds et redessinent l’espace créant des perspectives, laissant le visiteur se prendre au jeu du labyrinthe.

C’est comme un passage initiatique qui vous amène à travers le cadre d’un tableau géant et déstructuré vers une autre dimension, une autre réalité, de l’autre côté du miroir…

On pénètre du côté sombre de l’Artiste..

Atelier de Ganel

L’atelier de Ganel, celui qui s’accuse du meurtre, est dans la pénombre, je m’y suis un peu moins attardée que dans les pièces précédentes. On dirait un vrai cabinet de curiosités.

Se mêlent divers livres anciens reliés, notamment Dorian Gray, des portraits et natures mortes, des photos en noir et blanc de visages plutôt torturés, un film sur une vieille télé sous une tenture, le tout dans un univers assez sombre et mystique.

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Ici, on vous présente la dimension obscure et grave de l’artiste en rivalité avec l’œuvre en pleine lumière qu’on a vu dans l’atelier de Nathan. Comme dans le roman  d’Oscar Wilde, « Ces artistes ont-ils vendu leur âme au diable contre cette intelligence des mains, cette habilité de création ou est-ce la rivalité bipolaire de chacun qui s’exprime là ? »

Ce que j’ai préféré c’est le mur de cartes mentales réalisé par Thibault de Gialluly, une vraie critique de notre société. Il s’attache à figurer les gens qui agissent. Il dépeint une société hétéroclite pétrie de révoltes. Des citoyens contents, d’autres pas, des gens sans visage et d’autres qu’on croit connaître, mais que l’on ne reconnaît pas tout à fait. Des catastrophes mondiales et des politiques pistées. Des jeunes qui se révoltent, des canettes de coca, des pavés, des îles inexplorées, des territoires hybrides. Ses images parlent vraiment d’elles mêmes, elles sont cyniques mais non empreintes d’une forme d’humour noir, à vous de dénicher les jeux de mot et les messages qui se cachent derrière chacune…

Le cinéma

Voici l’heure du dénouement, ou presque… C’est dans cette pièce que le clap de fin vous sera présenté sous forme d’un petit film dont la réponse reste tout de même assez énigmatique. Dans cette salle, quelques sculptures et céramiques, mais j’avais du mal à saisir exactement leur message…

Pour le reste, je pense qu’en tant que bon enquêteur et pour obtenir tous les tenants et aboutissants de l’histoire, il faut lire la nouvelle imaginée par Thilliez.

En conclusion

Une exposition dont la réalisation originale est très intéressante et vous permet de découvrir nombreux métiers artisanaux assez peu connus. J’ai beaucoup aimé la scénographie et les problématiques soulevées.

Le cheminement au travers des salles, les objets tels qu’ils ont été élaborés, et le scénario imaginé, vous poussent à vous questionner sur le rôle de l’artiste, de l’artisan, du designer. Mais aussi sur les frontières ente ces différents métiers, les frontières entre le génie créatif et la folie,… Pour ma part, ces questions restent ouvertes et je pense qu’il est impossible de répondre de manière globale. Tout comme l’exposition nous le suggère, chacun à sa part d’ombre qui peut être un moteur ou un frein selon les circonstances et l’exploitation qu’il en fait.

Si je devais mettre un bémol sur la réalisation de l’exposition, je dirais qu’à vouloir trop en faire on nous perd … Il y a énormément de choses à voir, une enquête à mener et j’avoue n’avoir plus su où donner de la tête quelques fois. J’aurais aussi aimé pouvoir peut-être avoir plus d’interactivité pour comprendre les différents métiers présentés dans les ateliers.

Mais dans l’ensemble c’était vraiment une belle expérience et je vous suggère la lecture de la petite nouvelle pour pouvoir compléter cette petite présentation que je vous ai faite. A 2,70€ ce serait dommage de s’en priver!

Pour le dossier presse de l’expo : Par ici

Pour la nouvelle : Par ici

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